Un accident ischémique transitoire ne laisse aucune séquelle visible. C'est précisément là que réside le danger : cette absence de symptômes persistants pousse parfois à sous-estimer l'urgence. Pourtant, les premières heures qui suivent un accident ischémique transitoire sont celles où le risque d'AVC constitué est le plus élevé. Le score ABCD2 a été conçu pour ne pas laisser ce risque sans réponse.
Ce que mesure réellement le score ABCD2
Le score ABCD2 est un outil de stratification du risque développé pour les médecins urgentistes et neurologues confrontés à un patient après un AIT. Il attribue des points sur cinq variables cliniques simples, accessibles sans imagerie avancée : l'âge du patient, le niveau de pression artérielle à la première consultation, les caractéristiques cliniques des symptômes, la durée de l'épisode et la présence d'un diabète.

Chaque critère reçoit un score partiel. L'âge supérieur à 60 ans vaut un point. Une pression artérielle systolique supérieure à 140 mmHg ou diastolique supérieure à 90 mmHg ajoute un point. Les caractéristiques cliniques sont les plus discriminantes : une faiblesse unilatérale rapporte deux points, un trouble de la parole sans déficit moteur en rapporte un. La durée de l'épisode ischémique transitoire compte pour deux points si elle dépasse 60 minutes, pour un point si elle s'étend entre 10 et 59 minutes. Enfin, le diabète ajoute un point.
Le total varie de 0 à 7. Un score inférieur ou égal à 3 correspond à un risque faible d'AVC dans les deux jours suivant l'AIT, estimé autour de 1 %. Un score de 4 ou 5 place le patient dans une catégorie de risque modéré, autour de 4 %. Au-delà de 5, le risque à 48 heures dépasse 8 %. Ces chiffres sont des probabilités issues des études de validation initiales, pas des certitudes individuelles.
Sur la question du diabète spécifiquement : cet antécédent est intégré dans les critères ABCD2 précisément parce qu'il aggrave la vulnérabilité vasculaire et augmente la probabilité de récidive ischémique après un premier épisode transitoire. Un patient diabétique avec des scores partiels élevés sur les autres critères doit être orienté rapidement vers une unité neurovasculaire.
Les limites du score et son usage dans la pratique
Le score ABCD2 n'est pas un outil de diagnostic. Il ne remplace ni l'IRM de diffusion, ni le Doppler des troncs supra-aortiques, ni la recherche d'une fibrillation atriale. Plusieurs études ont montré que des patients avec des résultats faibles sur ce score présentaient pourtant des lésions ischémiques avérées à l'imagerie. L'utiliser seul pour décider d'une hospitalisation serait une erreur clinique.
Il se distingue aussi du score NIHSS, qui évalue la sévérité d'un AVC constitué, pas d'un accident ischémique transitoire. Le NIHSS mesure des déficits neurologiques actifs : conscience, motricité, langage, vision. Les deux outils sont complémentaires mais ne s'adressent pas aux mêmes situations. Le NIHSS intervient quand les symptômes sont présents et persistants ; le score ABCD2 intervient après, quand les symptômes ont disparu et que le risque de récidive reste à quantifier.
Sur les types d'AVC, une précision utile : on distingue les AVC ischémiques, causés par l'obstruction d'une artère cérébrale, les AVC hémorragiques, liés à une rupture vasculaire, et les accidents ischémiques transitoires, qui constituent techniquement une forme ischémique sans infarctus constitué. Le score ABCD2 ne concerne que ces derniers.
Dans les recommandations des sociétés savantes de neurologie, le score ABCD2 sert à hiérarchiser les bilans en urgence, pas à rassurer. Un score élevé justifie une hospitalisation immédiate dans une unité spécialisée. Un score bas ne dispense pas d'un bilan complet dans les 24 heures. Après un accident ischémique transitoire, la fenêtre pour agir sur les facteurs de risque est courte, et le score ABCD2 est l'un des repères pour ne pas la laisser passer sans décision.



