La salle de déchocage. Une alarme. Un patient qui ne répond plus. En quelques secondes, l'équipe doit sécuriser les voies aériennes sans perdre de temps ni commettre d'erreur. C'est précisément dans ce contexte que la fast track intubation prend tout son sens.
Mythe n°1 : l'intubation rapide est réservée aux anesthésistes
Beaucoup pensent que la fast track intubation relève exclusivement du bloc opératoire et des spécialistes de l'anesthésie. C'est faux. Cette technique est aujourd'hui largement enseignée aux médecins urgentistes, aux réanimateurs et aux équipes de SMUR. Elle repose sur un protocole structuré, reproductible, que des praticiens formés peuvent appliquer dans des contextes variés.
La procédure associe une induction anesthésique rapide à une paralysie neuromusculaire, pour créer des conditions optimales d'intubation en un minimum de temps. L'objectif est de réduire le risque d'inhalation et de protéger le patient dès les premières secondes. Dans les services d'urgence, cette approche est devenue une référence pour les patients en détresse respiratoire aiguë.

Le terme RSI (Rapid Sequence Induction) désigne la même séquence dans la littérature anglo-saxonne. Quelle que soit l'appellation, la logique reste identique : administrer rapidement un hypnotique et un curare pour obtenir des conditions d'intubation optimales, sans laisser le temps à une régurgitation de survenir.
Mythe n°2 : il n'existe qu'un seul type d'intubation
On parle souvent d'intubation comme d'un geste unique, mais les techniques sont en réalité multiples. L'intubation trachéale classique sous laryngoscopie directe reste la plus pratiquée. La technique vigile avec fibroscope s'adresse aux cas d'intubation difficile prévisible, lorsque le patient conserve ses réflexes protecteurs. La voie nasotrachéale est plus rare, réservée à des situations anatomiques particulières.
La fast track intubation désigne spécifiquement une séquence d'induction rapide combinant hypnotique et curare à action rapide, comme la succinylcholine ou le rocuronium. Elle est distincte de l'intubation vigile et de l'intubation en séquence différée. Chaque technique répond à des indications précises, et le choix dépend de l'état du patient, de son anatomie et du contexte clinique.

Le vidéolaryngoscope a profondément modifié la pratique ces dernières années. Associé à la séquence d'induction rapide, il améliore la visualisation des cordes vocales et réduit le nombre d'échecs au premier essai, notamment chez les patients présentant une anatomie défavorable.
Mythe n°3 : la manœuvre de Sellick et le BURP, c'est la même chose
Ces deux manœuvres sont souvent confondues, même par des professionnels expérimentés. La manœuvre de Sellick consiste à exercer une pression sur le cartilage cricoïde pour comprimer l'œsophage et limiter le risque de régurgitation. Elle est appliquée pendant l'induction, avant que le patient ne soit intubé.
Le BURP (Backward, Upward, Rightward Pressure) s'applique sur le cartilage thyroïde, dans le but d'améliorer la visualisation des cordes vocales lors de la laryngoscopie. Ces deux gestes agissent sur des structures différentes, pour des objectifs distincts. Les confondre dans la pratique peut compromettre la sécurité des patients et la qualité de la visualisation laryngée.
Il faut également distinguer ces manœuvres externes de la cricothyroïdotomie, geste de sauvetage réalisé en cas d'échec complet de l'intubation et de la ventilation. La cricothyroïdotomie consiste à ouvrir la membrane cricothyroïdienne pour établir une voie aérienne de secours. Elle représente le dernier recours dans les situations dites « cannot intubate, cannot oxygenate ».
Mythe n°4 : les étapes d'une intubation sont simples et linéaires
Une intubation réussie est le résultat d'une préparation rigoureuse, pas d'un geste improvisé. Les étapes commencent par la préoxygénation du patient, souvent sous-estimée, qui permet de constituer une réserve en oxygène avant l'apnée. Vient ensuite l'administration des agents d'induction, puis du curare, pour obtenir une relaxation musculaire complète.
La laryngoscopie est réalisée dès que les conditions sont réunies. La sonde d'intubation est introduite sous contrôle visuel direct ou vidéolaryngoscopique, puis sa position est confirmée par capnographie. La fixation de la sonde, le gonflage du ballonnet et la vérification des paramètres ventilatoires complètent la séquence. Dans des situations d'intubation difficile, des étapes supplémentaires s'intercalent, comme le recours à un mandrin ou à un vidéolaryngoscope.
La ventilation au masque joue un rôle clé entre la préoxygénation et l'intubation proprement dite. Bien conduite, elle maintient une saturation acceptable pendant la fenêtre d'apnée. Une ventilation insuffisante à ce stade est l'une des causes les plus fréquentes de désaturation rapide, en particulier chez les patients obèses ou en détresse respiratoire.
Mythe n°5 : une intubation difficile ne peut pas être anticipée
La difficulté prévisible d'une intubation se détecte avant même de toucher au patient. Plusieurs scores cliniques, comme le score de Mallampati ou le critère LEMON, permettent d'évaluer l'ouverture buccale, la mobilité cervicale, la distance thyromentonnière et l'anatomie des voies aériennes. Ces évaluations sont réalisables en quelques minutes, même aux urgences.
Un patient avec un cou court, une bouche peu ouverte ou des antécédents d'intubation difficile doit alerter l'équipe. Dans ces cas, le plan de secours est préparé à l'avance : masque laryngé, dispositif supraglottique, ou appel d'un renfort spécialisé. Anticiper, c'est déjà protéger.
Les indications de la fast track intubation incluent notamment l'arrêt cardiorespiratoire, le coma, la détresse respiratoire sévère et certains traumatismes crâniens graves. À l'inverse, une intubation difficile prévisible non préparée constitue une contre-indication relative à la séquence d'induction rapide classique, au profit d'une approche vigile ou fibroscopique.
Mythe n°6 : le masque laryngé ne sert qu'en cas d'échec
Le masque laryngé est souvent perçu comme un outil de rattrapage. En réalité, il occupe une place à part entière dans la gestion des voies aériennes. Le LMA Fastrach, version spécifiquement conçue pour l'intubation, permet d'introduire une sonde trachéale à l'aveugle ou sous guidage, sans laryngoscopie directe.
Dans les algorithmes modernes de gestion des voies aériennes, le LMA Fastrach est recommandé dès le deuxième essai d'intubation infructueux. Il est aussi utilisé en première intention dans certaines situations d'intubation difficile prévisible, pour sécuriser la ventilation avant de tenter une intubation trachéale. Le masque laryngé n'est donc pas un plan B : c'est un outil intégré dans les protocoles d'anesthésie et de réanimation.
D'autres dispositifs supraglottiques, comme le Combitube ou l'i-gel, offrent des alternatives selon le contexte et la formation de l'opérateur. Leur maîtrise fait partie intégrante de la formation aux voies aériennes difficiles, au même titre que la cricothyroïdotomie ou le fibroscope.
Mythe n°7 : la fast track intubation est trop risquée pour les patients fragiles
Les patients fragiles, hémodynamiquement instables ou présentant des comorbidités sévères, sont précisément ceux pour qui une technique rapide et maîtrisée est la plus bénéfique. Laisser un patient sans protection des voies aériennes expose à des complications bien plus graves que les effets secondaires d'une induction correctement conduite.
L'adaptation des doses, le choix des agents d'induction et la surveillance étroite des paramètres vitaux permettent de réaliser une fast track intubation en toute sécurité, y compris dans des contextes difficiles. La capnographie continue après intubation reste indispensable pour détecter immédiatement un déplacement de sonde ou une intubation œsophagienne. Les recommandations des sociétés savantes en anesthésie et en réanimation confirment que cette technique, bien appliquée, améliore le pronostic des patients les plus graves.
La formation régulière sur simulateur, associée à des débriefings d'équipe après chaque situation complexe, reste le meilleur garant de la qualité des gestes. La fast track intubation n'est pas un acte isolé : c'est le résultat d'une coordination entre opérateur, aide-opérateur et équipe infirmière, chacun connaissant précisément son rôle dans la séquence.



