L'angioedème n'est pas une variante de l'urticaire. C'est l'idée reçue la plus répandue dans les salles d'attente, et elle coûte parfois des années de traitement inadapté. Les deux affections peuvent coexister, mais elles obéissent à des mécanismes distincts, des causes différentes et des prises en charge qui ne se ressemblent pas toujours.
Ce que l'angioedème est vraiment
L'angioedème est un œdème brutal des tissus sous-cutanés ou sous-muqueux. Il touche le plus souvent le visage, les lèvres, la langue, le larynx ou les membres. Contrairement à l'urticaire, qui reste superficielle, cette réaction se produit dans les couches profondes de la peau. Les symptômes sont caractéristiques : gonflement rapide, sensation de tension, parfois douleur ou brûlure, sans rougeur marquée en surface. Dans les formes laryngées, l'angioedème peut être fatal par asphyxie, ce qui justifie une évaluation médicale sérieuse à chaque épisode inexpliqué.

On distingue plusieurs formes. L'angioedème allergique est déclenché par un allergène, souvent un aliment ou un médicament. L'angioedème héréditaire est une maladie génétique rare, liée à un déficit en C1-inhibiteur, une protéine du système du complément. Il existe aussi des formes induites par certains médicaments, notamment les inhibiteurs de l'enzyme de conversion de l'angiotensine, prescrits pour l'hypertension artérielle. Ces cas représentent une proportion non négligeable des angioedèmes vus aux urgences, et restent souvent méconnus des équipes soignantes.
Les formes héréditaires, longtemps confondues avec autre chose
L'angioedème héréditaire est une maladie rare dont le diagnostic est régulièrement posé avec retard. Les symptômes débutent souvent dans l'enfance ou l'adolescence. Les crises peuvent être déclenchées par un stress, un traumatisme, une infection ou une intervention chirurgicale. Elles durent en général de 48 à 72 heures et ne répondent pas aux antihistaminiques ni aux corticoïdes, ce qui doit alerter le clinicien.
Le mécanisme en cause diffère de celui des formes allergiques. Dans l'angioedème héréditaire, le déficit en C1-inhibiteur entraîne une production excessive de bradykinine, un médiateur qui augmente la perméabilité vasculaire. Les traitements classiques des réactions allergiques sont donc inefficaces dans ces cas. Le diagnostic repose sur un dosage du C1-inhibiteur et de son activité fonctionnelle, analyses qui ne sont pas systématiquement prescrites en première intention. Les angioedèmes héréditaires sont classés en trois types selon le niveau de déficit ou de dysfonction du C1-inhibiteur. Le type III, plus rare, touche principalement les femmes et peut être aggravé par les œstrogènes.
Traitement : adapter la réponse à la cause
Le traitement de l'angioedème dépend directement de sa forme. Pour les cas allergiques aigus, l'adrénaline en injection est le geste de référence. Les antihistaminiques et les corticoïdes peuvent compléter la prise en charge, mais ils ne suffisent pas seuls dans les crises sévères. L'éviction de l'allergène identifié reste la mesure préventive principale.
Pour les formes liées aux inhibiteurs de l'enzyme de conversion, l'arrêt du médicament en cause est souvent suffisant, même si les crises peuvent persister plusieurs semaines après l'arrêt. Ce délai est mal connu des patients et génère fréquemment de l'inquiétude.
Dans les cas d'angioedème héréditaire, les options thérapeutiques se sont élargies ces dernières années. Le traitement des crises aiguës peut faire appel à des concentrés de C1-inhibiteur, à l'icaratibant (un antagoniste des récepteurs à la bradykinine) ou à l'acide tranexamique selon les disponibilités. Un traitement préventif au long cours est envisagé pour les patients qui présentent des crises fréquentes ou sévères, sous surveillance de centres spécialisés. Reconnaître les prodromes d'une crise, savoir utiliser un traitement d'urgence et identifier ses déclencheurs personnels sont des compétences qui réduisent la sévérité des épisodes et limitent les hospitalisations évitables.



