NSTEMI : qu’est-ce que cet infarctus du myocarde sans sus-décalage du segment ST ?

NSTEMI, STEMI, angor instable : quelles différences ? Causes, diagnostic et traitement de cet infarctus du myocarde expliqués clairement.

Chaque année, des milliers de patients arrivent aux urgences avec une douleur thoracique persistante, une sueur froide, une sensation d'oppression qui ne passe pas. Le médecin de garde commande un électrocardiogramme, analyse les courbes, et prononce un acronyme qui va changer le cours de la prise en charge : NSTEMI. Ce mot, encore peu connu du grand public, désigne pourtant une forme très fréquente d'infarctus du myocarde. Comprendre ce qu'il recouvre, comment il se distingue des autres syndromes coronariens et pourquoi son traitement est urgent permet de mieux saisir les enjeux de la cardiologie d'urgence contemporaine.

« Docteur, c'est quoi exactement un NSTEMI ? »

Le terme NSTEMI est l'abréviation de l'anglais Non-ST-Elevation Myocardial Infarction, que l'on traduit en français par infarctus du myocarde sans sus-décalage du segment ST. Cette définition, aussi technique qu'elle paraisse, contient toute la logique du diagnostic. Un infarctus du myocarde est une nécrose, c'est-à-dire une mort cellulaire, d'une partie du muscle cardiaque causée par l'interruption ou la réduction sévère du flux sanguin dans une artère coronaire. Dans le cas du NSTEMI, cette atteinte est réelle et biologiquement confirmée, mais elle ne produit pas sur l'électrocardiogramme le sus-décalage caractéristique du segment ST que l'on observe dans les formes les plus graves.

Pour comprendre ce que cela signifie, il faut rappeler ce qu'est le segment ST. Sur un tracé électrocardiographique, le segment ST est une portion de la courbe qui reflète l'état électrique du myocarde entre la dépolarisation et la repolarisation ventriculaire. Quand une artère coronaire est totalement obstruée, ce segment se sur-décale de façon franche, signant un STEMI, l'infarctus le plus urgent. Dans le NSTEMI, l'obstruction est partielle ou intermittente, ce qui explique que le segment ST ne se sur-décale pas, ou présente des modifications moins spectaculaires comme un sous-décalage ou une inversion des ondes T. Pourtant, la destruction du myocarde est bien en cours, et les marqueurs biologiques, notamment la troponine, s'élèvent dans le sang pour en témoigner. C'est précisément cette élévation de la troponine, associée à des symptômes cliniques évocateurs, qui pose le diagnostic de NSTEMI et le distingue de l'angor instable, où aucune nécrose n'est encore survenue.

infarctus du myocarde

Le NSTEMI s'inscrit dans un ensemble plus large que les cardiologues appellent le syndrome coronarien aigu (SCA). Ce spectre regroupe trois entités : l'angor instable, le NSTEMI et le STEMI. Ces trois situations partagent la même cause initiale, à savoir la rupture ou l'érosion d'une plaque d'athérome dans une artère coronaire, suivie de la formation d'un thrombus. Ce qui les différencie, c'est le degré d'obstruction et l'étendue des dommages causés au myocarde. Dans l'angor instable, l'ischémie est réversible et sans nécrose. Dans le NSTEMI, la nécrose est partielle mais bien présente. Dans le STEMI, l'occlusion totale provoque une destruction massive et rapide du myocarde, constituant une urgence absolue.

Les causes du NSTEMI sont dans la grande majorité des cas liées à l'athérosclérose coronarienne. La plaque qui se rompt libère des substances thrombogènes qui déclenchent la coagulation sur place. D'autres causes, plus rares, peuvent être en jeu : un spasme coronaire, une dissection spontanée de l'artère, une embolie coronaire ou encore une demande en oxygène anormalement élevée dans un contexte de tachycardie sévère ou d'anémie profonde. Ces formes dites de type 2, où l'infarctus du myocarde survient sans rupture de plaque, sont de mieux en mieux identifiées par les équipes cliniques et méritent une prise en charge spécifique, car le traitement ne sera pas identique à celui de l'infarctus coronarien classique. Parmi les facteurs de risque cardiovasculaire qui favorisent la survenue d'un NSTEMI, on retrouve le tabagisme, l'hypertension artérielle, le diabète, la dyslipidémie et la sédentarité, souvent associés chez un même patient.

« Alors, STEMI ou NSTEMI, quelle différence concrète pour le patient ? »

La question revient systématiquement dans les couloirs des services de cardiologie, et elle est légitime. Pour le patient qui souffre, la distinction peut sembler abstraite. Dans les faits, elle conditionne le rythme et la nature du traitement. Le STEMI impose une revascularisation en urgence absolue, idéalement dans les 90 minutes suivant le premier contact médical, par angioplastie primaire. Chaque minute compte, car le myocarde meurt à grande vitesse. Le NSTEMI, sans être une urgence moins sérieuse, autorise dans certains cas une fenêtre de quelques heures pour stabiliser le patient, compléter le bilan et programmer l'intervention dans de meilleures conditions.

infarctus du myocarde

Cela ne signifie pas que le NSTEMI est bénin. Les études de suivi montrent que la mortalité à long terme des patients ayant présenté un NSTEMI est comparable, voire parfois supérieure, à celle des patients ayant eu un STEMI. La raison est multiple : les patients atteints de NSTEMI sont souvent plus âgés, porteurs de davantage de comorbidités comme le diabète, l'insuffisance rénale ou une maladie coronarienne déjà connue, et leur atteinte myocardique peut être diffuse sans être spectaculaire sur l'ECG. Par ailleurs, le risque de récidive est élevé, ce qui rend le traitement de fond indispensable sur le long terme.

Sur le plan clinique, les symptômes du NSTEMI sont souvent similaires à ceux du STEMI : douleur thoracique rétrosternale irradiant vers le bras gauche, la mâchoire ou le dos, associée à une dyspnée, des nausées ou des sueurs. Mais dans certains cas, notamment chez les femmes, les personnes âgées ou les diabétiques, la présentation est trompeuse. La douleur peut être absente ou atypique, remplacée par une simple fatigue inhabituelle, une gêne épigastrique ou des palpitations. Ces formes dites silencieuses sont particulièrement redoutables car elles retardent la consultation et donc le diagnostic. Chez ces patients, l'infarctus du myocarde est parfois découvert fortuitement lors d'un bilan réalisé pour une autre raison.

Le diagnostic repose sur trois piliers complémentaires. Le premier est l'électrocardiogramme, qui doit être réalisé dans les dix minutes suivant l'arrivée aux urgences : il ne montrera pas de sus-décalage du segment ST dans le NSTEMI, mais peut révéler d'autres anomalies significatives comme un sous-décalage ou une modification des ondes T. Le deuxième pilier est le dosage de la troponine ultrasensible, prélevée à l'admission puis répétée une à trois heures plus tard selon les protocoles, une élévation franche ou une cinétique ascendante confirmant la nécrose myocardique. Le troisième pilier est le contexte clinique : les antécédents du patient, la description des symptômes, les facteurs de risque cardiovasculaire présents. C'est la combinaison de ces trois éléments qui permet de poser le diagnostic avec certitude et de décider de la stratégie thérapeutique.

La stratification du risque est une étape clé dans la prise en charge du NSTEMI. Des scores validés, comme le score GRACE ou le score TIMI, permettent de classer les patients en risque faible, intermédiaire ou élevé. Cette classification détermine le délai dans lequel la coronarographie doit être réalisée. Pour les patients à haut risque, une coronarographie dans les deux heures est recommandée, se rapprochant ainsi du délai imposé par le STEMI. Pour les patients à risque intermédiaire, une intervention dans les 24 à 72 heures est généralement acceptable. Pour les rares patients à faible risque, une évaluation non invasive peut parfois être envisagée en premier lieu.

Le traitement médical du NSTEMI repose sur une combinaison de médicaments dont l'objectif est de stabiliser le thrombus, de prévenir son extension et de protéger le myocarde. L'aspirine est administrée en première intention, associée à un second antiagrégant plaquettaire comme le ticagrélor ou le prasugrel, formant ce que l'on appelle la double antiagrégation plaquettaire. Un anticoagulant est systématiquement ajouté, le plus souvent une héparine de bas poids moléculaire ou le fondaparinux, pour limiter la progression du thrombus dans l'artère coronaire. Des bêtabloquants, des inhibiteurs de l'enzyme de conversion et des statines à forte dose complètent le traitement de fond, avec pour objectif de réduire la charge de travail du cœur, de stabiliser les plaques restantes et de prévenir les récidives.

La coronarographie, réalisée par voie radiale dans la grande majorité des cas, permet de visualiser les artères coronaires et d'identifier la lésion responsable. Si une sténose significative est retrouvée, une angioplastie avec pose de stent est réalisée dans le même temps. Dans les cas où l'atteinte coronarienne est diffuse ou concerne le tronc commun, une discussion en équipe pluridisciplinaire peut conduire à proposer un pontage aorto-coronarien chirurgical. Certains patients, chez qui aucune lésion coronaire obstructive n'est retrouvée malgré un tableau clinique typique, relèvent d'autres diagnostics comme le syndrome de Tako-Tsubo ou un MINOCA (Myocardial Infarction with Non-Obstructive Coronary Arteries), qui nécessitent une prise en charge différente.

Après l'épisode aigu, la phase de réhabilitation est aussi importante que le traitement initial. Les patients qui ont survécu à un NSTEMI doivent bénéficier d'un programme de réadaptation cardiaque, qui associe activité physique encadrée, éducation thérapeutique, soutien psychologique et optimisation des facteurs de risque. L'arrêt du tabac, le contrôle de la pression artérielle, l'équilibre du diabète et la réduction du cholestérol sont des objectifs non négociables pour réduire le risque de nouvel infarctus du myocarde. La double antiagrégation plaquettaire est maintenue pendant au moins douze mois après la pose d'un stent, sauf contre-indication liée à un risque hémorragique élevé.

Le NSTEMI est donc bien plus qu'un simple acronyme médical. Il est la traduction clinique d'une souffrance réelle du muscle cardiaque, survenant dans un contexte coronarien souvent complexe, chez des patients qui méritent une attention aussi soutenue que ceux présentant un STEMI. La rapidité du diagnostic, la rigueur de la stratification du risque et la qualité du traitement mis en place dans les premières heures sont des déterminants majeurs du pronostic. À mesure que les outils diagnostiques s'affinent et que les protocoles de prise en charge évoluent, la mortalité associée à cet infarctus du myocarde sans sus-décalage du segment ST continue de diminuer, mais uniquement pour les patients pris en charge à temps et dans des structures adaptées.

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Dr Smadja Mickael

Mickaël Smadja consacre ses articles à la santé masculine, un domaine encore trop souvent laissé de côté. Prévention, dépistages, sujets dont on parle peu : il les aborde sans tabou et avec pédagogie, pour encourager les hommes à prendre soin d'eux et à consulter au bon moment.